Cannes 2017 : ou comment faire écran aux films par Roberto Joris (trad. Simona Crippa)

Cannes refuse de dérouler le tapis rouge à Netflix

Cannes 2017 ne renonce pas à la sacralité du cinéma en salle et va jusqu’à annoncer l’exclusion du concours, à partir de l’année prochaine, de ceux qui auront l’audace de distribuer leurs œuvres en dehors de l’écran magique de la salle.
Almodovar, président du jury, renforce l’anathème en affirmant qu’il ne sera pas possible de songer à une éventuelle Palme d’Or pour des films produits par Netflix ou par des plateformes semblables essentiellement dédiées au streaming.

Que les nouvelles technologies porteront bientôt tous les films, de toutes les nationalités, de tous les genres ou projets, qu’ils se confronteront d’ici à quelques décennies dans un espace où les tapis rouges, les palmarès et les avant-premières seront juste un bizarre souvenir d’une époque extravagante et désormais défunte : ce n’est pas une prévision mais un fait.

Déjà aujourd’hui, pour tous les cinéphiles qui ne vivent pas dans ces véritables « métropoles du cinéma » que sont Paris, Londres ou New York, écouter les mêmes clichés et rabâchages venant des puristes de la salle, ne peut que déconcerter et irriter.

Prenons par exemple Milan, la ville dans laquelle pendant au moins trente ans je suis allé au cinéma chaque semaine.

Premier drame : en Italie tous les films sont doublés. Il n’est pas nécessaire que je m’attarde sur cette pratique barbare ; il vous suffira juste d’imaginer Jean Gabin parlant italien ou, par effet d’inquiétante étrangeté, un spectateur chinois qui entend Mastroianni dans 8 ½ dialoguer en mandarin avec ses propres fantasmes.

Bien évidemment, à l’occasion des principaux festivals, des rétrospectives se voient organisées (et même très bien organisées) où l’on peut visionner à chaque fois, avec une carte relativement économique, la grande majorité des titres en langue originale avec sous-titres. Le tout est, hélas, concentré en l’espace d’une semaine pendant laquelle, hormis de chanceux étudiants, ceux qui travaillent sont inévitablement destinés à ne voir que quelques titres le soir et guère plus.

Deuxième obstacle : la lente et progressive diminution des salles qui va de pair avec une concentration dans la distribution qui étouffe, de fait, toute proposition alternative. Les cinéclubs n’existent plus. Toute programmation de filmographies considérées difficiles pour le spectateur moyen se voit systématiquement écartée à moins qu’il ne s’agisse de films déjà couronnés par différents récompenses dans différents festivals. Dans ces cas-là, tout le monde y gagne surtout lorsqu’un Apichatpong Weerasethakul remporte un prix. En revanche, malheur à nous si, d’aventure, ledit prix revient à un quelconque Bill August.

The Canyons de Paul Schrader

Troisième problème : l’approximation et le manque de passion d’une grande partie des gérants pour qui diriger une salle ne consiste plus qu’en une simple activité commerciale, ainsi que pour les spectateurs qui vont au cinéma uniquement pour tuer le temps. Sans compter les portables qui sonnent pendant la projection ; des gens qui entrent dans la salle quand le film a déjà largement commencé ; des retraités qui, derrière toi, racontent à leur voisin tout ce qu’ils voient comme s’ils accompagnaient des aveugles ; des spots publicitaires épuisants qui précèdent le début du film (aussi nombreux qu’à la télévision) ; des horaires de début de séances qui ne sont pas respectés… Et je pourrais encore continuer longtemps comme ça, à dérouler une longue liste de nuisances qui ne manquent pas de surgir quand tu fais le choix merveilleux d’aller au cinéma.

Mais la différence véritablement décisive qui pousse à abandonner les salles de cinéma ou éventuellement à y retourner seulement sous l’effet d’une nostalgie du beau temps d’antan, c’est sans doute aucun l’avènement des supports digitaux et la possibilité, à travers les réseaux, d’avoir accès à des films qui viennent toujours juste de sortir. Grâce au digital, on peut ainsi visionner toutes sortes de films en l’espace de même pas deux jours sans se préoccuper, comme je faisais encore il y a quelques années, d’avoir à courir le monde pour acquérir le DVD du film que je désirai.

Grâce ainsi au DVD, au Blu Ray ou encore au streaming, une bibliothèque cinématographique infinie s’ouvre devant chacun qui, face à ce que les salles peuvent offrir, ressemble en comparaison à un véritable pays des merveilles.

Almodovar met en garde : il ne faut pas regarder les films sur des écrans plus petits que sa propre chaise. Mais il ne se rend pas compte à quel point cette réprimande apparaît comme singulière venant d’un cinéaste considéré comme libre et excentrique. Comment peut-il indiquer comme unité de mesure le double-décimètre pour prendre les dimensions d’un écran quand il s’agit d’imaginer, rêvasser, rêver ?

J’aimerais lui raconter, si j’avais le plaisir de le rencontrer, que les expériences les plus excitantes que j’aie jamais eues du cinéma, ne viennent même pas des projections dans une petite salle ni dans une grande salle ni même lorsqu’elles ont lieu à ciel ouvert comme la Piazza Grande à Locarno, mais, par exemple, de ces vendredis et samedis durant les nuits de ma première adolescence. Ces nuits quand, pour ne pas être découvert par mes parents tyranniques (ils m’apparaissaient ainsi comme ils apparaissent à tous les adolescents) pour qui, après une certaine heure, il fallait dormir. À l’aide d’un drap qui couvrait la lumière émise depuis mon misérable poste télé de 18 pouces, j’installais alors une sorte de projecteur de cinéma de fortune que je rapprochais de mon lit en attendant avec impatience que soit diffusé n’importe quel film par n’importe quelle chaîne locale, un film de préférence interdit ou tout simplement un film de la nuit.
Le cinéma invente toujours pour chaque époque son écran : c’est sa loi.

Roberto Joris
Traduction : Simona Crippa

The Canyons de Paul Schrader

Cannes 2017 non rinuncia alla sacralità del cinema in sala e annuncia l’esclusione dal concorso, a partire dal prossimo anno, per coloro che avranno l’ardire di distribuire opere senza che la primaria destinazione sia il magico schermo.

Almodovar, presidente di giuria, rafforza l’anatema affermando che non è pensabile un’eventuale Palma d’Oro per film prodotti da Netflix o piattaforme similari preminentemente dedite allo streaming.

Che le nuove tecnologie porteranno tutti i film, di ogni nazionalità, genere o intenzione, a confrontarsi nell’arco di pochissimi decenni entro territori nei quali tappeti rossi, palmares o anteprime verranno ricordati come curiose stravaganze di un’epoca morta è più un dato di fatto, che piaccia o meno, che una previsione.

Ma già oggi, per ogni cinefilo che non vive in “città del cinema” come Parigi, Londra o New York sentire le trite e ritrite litanie dei puristi della sala provoca sconcerto quando non irritazione.

Prendiamo Milano, città nella quale per quasi trent’anni sono andato al cinema ogni settimana.

Primo dramma: in Italia tutti i film vengono doppiati. Non occorre che mi dilunghi riguardo a questa pratica barbara ; vi basterà solo immaginare Jean Gabin che parla italiano o, per contrappasso, uno spettatore cinese che ascolti Mastroianni in 8 ½ dialogare in mandarino con i propri fantasmi.

Certo, in occasione dei principali festival vengono organizzate (e molto bene) rassegne nelle quali con una tessera relativamente economica è possibile visionare gran parte dei titoli in lingua originale sottotitolata. Concentrati però nell’arco di una settimana nella quale, studenti esclusi e felici, chi lavora è inevitabilmente confinato a qualche titolo serale e nulla più.

Secondo ostacolo : la lenta e progressiva diminuzione delle sale, unita ad una concentrazione nella distribuzione che di fatto stritola sempre più proposte alternative. Non esistono più cineclub. Proposte provenienti da cinematografie ritenute ostiche per lo spettatore medio vengono sistematicamente scartate a meno che non possiedano come visto proprio qualche premio proveniente dai festival. E va benissimo quando a vincere è Apichatpong Weerasethakul ma suona come beffa se ti viene regalato un Bill August qualsiasi.

Terzo problema : l’approssimazione e la mancanza di passione di molti gestori per i quali dirigere una sala non è nulla più di una qualunque attività commerciale, così come per molti spettatori un modo come un altro per passare un paio d’ore. Cellulari che squillano durante la proiezione, gente che entra a spettacolo abbondantemente iniziato, pensionati che dietro di te raccontano al proprio vicino tutto quello che vedono dandoti l’impressione di essere accompagnatori per non vedenti, estenuante pubblicità prima del film (ne più ne meno di quanta se ne vede in tv) , orari d’inizio non rispettati e potrei andare avanti con una lunga sequela di scocciature che è possibile ti capitino quando decidi di fare una scelta tanto bella come l’andare al cinema.

Ma la vera, decisiva differenza che spinge ad abbandonare le sale od eventualmente tornarci solo per effetto della nostalgia dei tempi che furono è senza dubbio l’avvento dei supporti digitali e la possibilità, tramite la rete e l’enorme accessibilità a materiali fino a ieri solo evocati, di visionare qualsiasi film nel giro di un paio di giorni senza doversi prendere la briga, come facevo fino a pochi anni fa, di viaggiare per andare ad acquistarli.

Dvd, Blu Ray o streaming, una sterminata biblioteca cinematografica che paragonata a ciò che passa il convento delle sale sembra un vero e proprio paese dei balocchi.

Almodovar ammonisce a non guardare film su schermi più piccoli della propria sedia, non realizzando forse quanto sia singolare che proprio un cineasta considerato libero ed eccentrico come lui indichi come unità di misura della capacità d’immaginare, fantasticare o sognare quando si guarda un film i centimetri o metri dello schermo che diffonde l’immagine.

Vorrei raccontargli, se avessi il piacere d’incontrarlo, che le esperienze più elettrizzanti che io abbia mai avuto dal cinema provengono non solo da sale cinematografiche, piccole , enormi o a cielo aperto come Piazza Grande a Locarno, ma anche , ad esempio, dai tanti venerdì e sabato notte della mia prima adolescenza nei quali, per non essere scoperto da genitori tiranni (così sembravano a me, come sembrano a tutti gli adolescenti) secondo i quali dopo una certa ora si dormiva , allestivo con un lenzuolo a coprire la luce emessa dal mio misero televisore da 18 pollici un’improvvisata macchina da cinema, la avvicinavo al mio letto e attendevo impaziente che iniziasse la diffusione di qualsiasi film, preferibilmente proibito o solo semplicemente notturno, di una qualsiasi emittente locale. Il cinema inventa ad ogni epoca il suo schermo : è la sua propria legge.

Roberto Joris