L’oubli du fascisme. Des millions de morts juifs. L’oubli des millions de morts communistes, tziganes, homosexuels, fous. L’oubli de la mort comme politique. L’oubli des corps battus, brûlés, gazés, fusillés. L’oubli des corps torturés. L’oubli que Jean-Marie Le Pen a commencé sa carrière en éditant des chants nazis. L’oubli que les fondateurs du FN sont des nazis, des collaborateurs, des pétainistes, des négationnistes. L’oubli que les piliers historiques du FN sont toute l’extrême-droite française, les néofascistes et néonazis français et européens. L’oubli du racisme et de l’antisémitisme. L’oubli du fascisme comme politique actuelle. L’oubli que la politique du FN est une politique de mort.

Parce qu’on ne peut laisser dire n’importe quoi, ce midi, au Journal de France 2, on a pu entendre de la bouche de la journaliste Marie-Sophie Laccarau une phrase, pas même une phrase, un mot simple au sujet de la nomination fantoche de Jean-François Jalkh à la présidence du FN – un mot terrible d’irresponsabilité et d’horreur consentie : évoquant l’horrible polémique de 2005 où l’homme avait déclaré que le gaz, Zyklon B, n’avait pu être utilisé dans les chambres à gaz durant la Seconde Guerre mondiale, la journaliste parle de « propos sulfureux ». On ne peut être qu’atterré.

© Amaury da Cunha

Dans le dernier livre d’Amaury da Cunha, le plus souterrain refait surface : qu’il s’agisse de lieux (le métro), de souvenirs (le suicide du frère), de moments présents mais longtemps tus, tout est traces et chemins, tout remonte après avoir creusé, en lui comme dans le réel, une Histoire souterraine.
Le livre, difficile à simplement qualifier de roman tant il joue de frontières souples entre les genres, est accompagné d’un recueil de photographies aux Éditions Filigranes (HS), en un diptyque fascinant, tant il prolonge une forme d’énigme à la fois identitaire et générique : à quel moment l’image surgit-elle ? Le texte en procède-t-il ou, à l’inverse, la photographie naît-elle de ces failles intérieures ?

C’est sans doute en lisant Écrire qu’il est possible de découvrir la rose par excellence de l’univers Duras. Écrire, ce texte où, si proche de la mort, l’écrivain place, déplace et replace la souveraineté de l’écriture. Publié en septembre 1993, deux ans et demi seulement avant sa mort, ce recueil peut être considéré comme le livre-testament de l’auteur. Duras y livre des confidences liées à sa vie, à la création littéraire, mais elle met en place également une ample réflexion sur l’écriture et sur l’essence du langage. L’horizon de l’écrivain se construit autour d’une exigence poétique qui s’affirme également par l’idée et par la pensée. Une réflexion qu’elle dit souvent vouloir fuir et à laquelle elle n’échappe pas pourtant, tant la vie de l’esprit la séduit.