Max Porter
Max Porter

Le corbeau est par excellence un oiseau littéraire, métaphore et analogon, représentation de la voix créatrice, parfois objet de peur, toujours de projection fantasmatique : sans remonter aux frères Grimm ou à Edgar Allan Poe, on se souvient de Vie d’un corbeau blanc de Carlos Liscano (Belfond, 2011). Son volatile immaculé, étrangement blanc et non noir, était un infatigable et mythomane conteur, s’appropriant les aventures des plus grands personnages de la littérature, tissant le récit de citations et mises à distance ludiques, entre moquerie et hommage. L’oiseau du tombeau. On y croisait Balzac et Tarzan, Moby Dick et Homère, Kafka et Céline, narrés à un public médusé, faisant de cette fable un palimpseste ou une bibliothèque borgésienne, en tout cas un hommage vibrant à la littérature et ses effets.
Le premier roman de Max Porter, La Douleur porte un costume de plumes, peut également se lire comme une fable, avec pour personnage central un corbeau. Il est noir cette fois mais lui aussi prépare des « mémoires littéraires de haut vol » et comme le corbeau blanc de Liscano, il raconte beaucoup d’histoires.

Bourmeau Bâtonnage

Ce n’est pas tous les jours qu’apparaît un nouveau genre ou une nouvelle forme littéraire. Or, voici que l’événement se produit avec le Bâtonnage que propose Sylvain Bourmeau (il fut directeur adjoint de Libé). Mais littéraire vraiment ? En fait, Bourmeau s’inspire d’une technique propre à son métier de journaliste et qui consiste à biffer dans une dépêche d’agence et à l’aide d’un feutre noir tout le superflu, tout ce qui fait redondance, avant d’introduire l’article dans la page.

Régine Detambel
Régine Detambel

« C’est l’un des bons offices qu’un sexe peut rendre à l’autre – décrire cette tache d’un schilling à l’arrière de notre tête. Songez combien les femmes ont profité des commentaires de Juvénal ; de la critique de Strindberg. […] Et si Mary était très courageuse et très honnête, elle irait voir derrière les hommes et nous dirait ce qu’elle y a trouvé. » Virginia Woolf, Une chambre à soi (Denoël, 2016, traduction de Marie Darrieussecq)

On se plaît à imaginer que Régine Detambel avait ces quelques phrases en tête au moment d’écrire son dernier opus, Trois ex (Actes Sud, 2017), qui revisite la vie d’August Strindberg vue par ses trois épouses successives et constitue en même temps une nouvelle variation autour du genre de la fiction biographique dont relevaient déjà peu ou prou les textes les plus récents de l’écrivaine, Opéra sérieux, La Splendeur et Le Chaste monde (Actes Sud, 2012, 2014, 2015).

Hubert Lucot
Hubert Lucot

Dans quelques semaines paraîtra aux Éditions P.O.L le prochain livre d’Hubert Lucot, À mon tour. Cet ouvrage sera le dernier qu’aura écrit celui qui vient de mourir dans la nuit du 18 janvier 2017.

Rendre hommage à cet écrivain né à Paris en 1935, dire combien son œuvre compte et comptera ne peut se faire sans avoir aussitôt à l’esprit le titre d’un autre de ses livres, publié également chez P.O.L en 1984, Langst.