© Franck Gérard
© Franck Gérard

California /day three

Jean-Pierre Léaud
Jean-Pierre Léaud

Comment peut-on s’extasier à force de regarder de vieilles têtes ridées, fardées, hypercoiffées, portant des vielles dentelles, parlant un français avec un débit d’une lenteur effarante ? Comment peut-on se sentir attiré par ce film à tel point qu’on a l’impression de presque toucher ces tissus précieux et épais, aussi épais que l’air qui stagne dans la chambre de Louis XIV mourant ? Quel est le tour de magie dont Albert Serra fait preuve pour que le spectateur reste assis devant cette œuvre majestueuse qui déploie devant ses yeux tous ces vieux charmes pourtant si contemporains ? La Mort de Louis XIV n’est bien sûr pas un film historique, même si Serra s’est inspiré des Mémoires de Saint-Simon et de ceux du marquis de Dangeau, c’est précisément le roi Jean-Pierre Léaud en tant que corps royal de l’art, qui est au centre de ce qui se révèle être un véritable dispositif artistique.

Fanny Chiarello
Fanny Chiarello

Ce n’est pas un mais deux livres que Fanny Chiarello a proposé à ses lecteurs lors de la rentrée littéraire de septembre : Le zeppelin, aux éditions de l’Olivier et Je respire discrètement par le nez, aux éditions Les Carnets du Dessert de Lune ; les deux livres forment diptyque quand bien même ils peuvent être lus indépendamment l’un de l’autre. Je respire discrètement par le nez est le laboratoire du Zeppelin, son journal de bord, un carnet d’écriture et de réflexions. Mais le Zeppelin n’est pas seulement un roman, c’est, au-delà d’un titre, une métaphore opérante, un analogon du récit dans sa capacité à relire le réel depuis une image / événement qui soudain fait irruption, sidère, ne fait pas directement sens mais invite à une relecture du monde et de soi depuis ce point qui relie, délie, délit.

Fanny Chiarello

Contrairement aux apparences, le titre du roman de Fanny Chiarello, L’Éternité n’est pas si longue, n’est pas une référence à Woody Allen (ayant lui-même, paraît-il, emprunté l’idée que « l’éternité, c’est long… surtout vers la fin » à Franz Kafka) mais à My Own Private Disco de Help She Can’t Swim et, plus précisément, à la première phrase du second couplet : Forever’s not that long.

Une faiblesse de Carlotta Delmont

« Quoi de plus romanesque qu’une diva sur un paquebot ? » : c’est par cette parenthèse discrète, sous une photographie de Geraldine Farrar, que Fanny Chiarello avait annoncé sur son site, la parution de son roman Une faiblesse de Carlotta Delmont. Quoi de plus romanesque en effet que la trajectoire brisée de Carlotta Delmont, diva des années folles qui se rêvait Mimi de Montparnasse ? Que la vie d’une femme qui aspira à ne jamais se laisser enfermer dans un carcan, coupant ses cheveux, refusant tout engagement, sinon scénique, forçant sa nature pour changer de tessiture ?

Asli Erdogan (Pascal Hée)
Asli Erdogan (Pascal Hée)

Diffuser, le plus largement, le plus fort possible, la voix de celle qu’un régime autoritaire croit pouvoir étouffer.

Mobilisons-nous, relayons la liberté.

« Que peut bien faire l’écriture (la tienne), que peut-elle bien mettre en «mots», et au nom de quel monde peut-elle transformer celui-ci ? », demande Aslı Erdoğan dans Même le silence n’est plus à toi, recueil de 27 chroniques journalistiques à paraître le 4 janvier prochain aux éditions Actes Sud.

Guibert La Mort propagande

La Mort propagande est une somme, celle d’une vie, autoportrait troublé et troublant en douze courts chapitres, celle d’une œuvre. Comment ne pas s’étonner qu’Hervé Guibert, qui médiatisera sa maladie, véritable installation artistique et cri, écrive, dès 1977 :

« À l’issue de cette série d’expressions, l’ultime travestissement, l’ultime maquillage, la mort.

© Franck Gérard
© Franck Gérard

San Francisco /day two.
(And so tired because I walked all the day)

Bertrand Belin © Gilles Bonnet

Bertrand Belin écrit, chante ou lit en public les textes qu’il a écrits ; compose, danse sur les musiques qu’il a composées ou les textes qu’il a écrits pour chanter. Entrelacs. Entretien avec Bertrand Belin.

Leïla Sebbar
Leïla Sebbar

Leïla Sebbar n’est pas née dans la Sarthe… mais pas loin. Écrivaine française de père algérien et de mère périgourdine, elle est une revenante obstinée, une sorte de monomaniaque. De sa famille, de son enfance, elle ne sort pas. Livre après livre, depuis plus de trente ans, elle revient dans la « maison d’école » d’Eugène-Etienne Hennaya, près de Tlemcen, où elle a grandi. Elle s’y enferme, regarde, écoute, collecte ce que les autres disent, fait des suppositions, ressasse, invente parfois – et c’est un long voyage : une œuvre. C’est une histoire de France en Algérie, une histoire d’Algérie en France. Bancale de naissance, toujours présente ici et là, des deux côtés de la mer.

Le Silence même n'est plus à toi

Diffuser, le plus largement, le plus fort possible, la voix de celle qu’un régime autoritaire croit pouvoir étouffer.

Mobilisons-nous, relayons la liberté.

« L’écriture est soit un verdict, soit un cri… L’écriture, comme cri, naissant avec le cri… », écrit Aslı Erdoğan dans Même le silence n’est plus à toi, recueil de 27 chroniques journalistiques à paraître le 4 janvier prochain aux éditions Actes Sud.