Nissa la bella

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Nice « étendue, comme une écharpe dénouée, auprès de la mer chantante » (Jean Lorrain)

« La soirée avait été fort belle et j’étais resté debout assez tard à regarder le ciel criblé d’étoiles, et là-bas, de l’autre côté du large golfe, Nice illuminée, Nice chantant et dansant (…) », écrit Maupassant dans Gil Blas, le 1er mars 1887. Et puis les secousses et le tremblement de terre à la fin du carnaval. « Il était six heures, le jour naissait rose et doux, sans un souffle d’air, si pur, si calme ! Cette absolue tranquillité du ciel, pendant le bouleversement épouvantable, était tellement saisissante, tellement imprévue, qu’elle me surprit et m’émut davantage que la catastrophe elle-même.
Cette aurore charmante prenait pour nous quelque chose d’exaspérant, de révoltant, de cynique ».

Les mots manquent ce matin pour dire l’horreur et la sidération face à ce 14 juillet qui s’est, hier, terminé dans un bain de sang à Nice. Nos pensées aux victimes et à leurs proches.

Et cette phrase de Claro, sur Twitter ce matin, si juste, rempart au flot et flux ignobles sur les réseaux sociaux cette nuit : « Non pas faire comme si de rien n’était, mais comme si rien ne pouvait nous empêcher d’être ».

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« Ces jours-ci, j’ai été revigoré d’apprendre que le nom de cette ville que je ne peux quitter ni troquer contre une autre, évoque la victoire. Et si vous saviez comment s’appelle la place sur laquelle donne ma fenêtre (des arbres magnifiques, au loin de grands édifices rougeâtres, la mer et la baie des Anges à la courbe harmonieuse), c’est-à-dire : Square des Phocéens, vous ririez peut-être comme moi de l’extraordinaire cosmopolitisme que comporte cette alliance de mots. Des Phocéens ont réellement jadis établi ici un comptoir — mais quelque chose de victorieux et d’extra-européen s’en dégage, quelque chose de très réconfortant qui me dit : « Ici tu es à ta place ». »

Nietzsche, de Nice, le 24 novembre 1885
(Lettres à Peter Gast, trad. Louise Servicen, éd. Christian Bourgois, 1981)

Nikaïa, et La Vie devant soi d’un autre Niçois de cœur, Romain Gary : « Je voudrais aller très loin dans un endroit plein d’autres choses et je ne cherche même pas à l’imaginer pour ne pas le gâcher »…