© Dominique Bry
© Dominique Bry

Dans la nuit du 14 au 15 juillet 2016, l’histoire retiendra-t-elle que nombre de caps indignes ont été franchis dans la couverture journalistique de l’attentat perpétré à Nice ? Passe encore que les chaînes de hard news se répandent en conjectures pour occuper le temps médiatique, qu’elles diffusent sans filtre des photos, des vidéos, des témoignages audio de citoyens, de victimes ou de rescapés, on pourrait malheureusement dire que l’on commence presque à s’y habituer : attendre de la retenue de la part de certaines rédactions c’est un peu comme demander à un homme politique de s’abstenir de tout commentaire à chaud qui servira ses intérêts propres plutôt que le bien commun.

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Nice « étendue, comme une écharpe dénouée, auprès de la mer chantante » (Jean Lorrain)

« La soirée avait été fort belle et j’étais resté debout assez tard à regarder le ciel criblé d’étoiles, et là-bas, de l’autre côté du large golfe, Nice illuminée, Nice chantant et dansant (…) », écrit Maupassant dans Gil Blas, le 1er mars 1887. Et puis les secousses et le tremblement de terre à la fin du carnaval. « Il était six heures, le jour naissait rose et doux, sans un souffle d’air, si pur, si calme ! Cette absolue tranquillité du ciel, pendant le bouleversement épouvantable, était tellement saisissante, tellement imprévue, qu’elle me surprit et m’émut davantage que la catastrophe elle-même.
Cette aurore charmante prenait pour nous quelque chose d’exaspérant, de révoltant, de cynique ».

Les mots manquent ce matin pour dire l’horreur et la sidération face à ce 14 juillet qui s’est, hier, terminé dans un bain de sang à Nice. Nos pensées aux victimes et à leurs proches.

Et cette phrase de Claro, sur Twitter ce matin, si juste, rempart au flot et flux ignobles sur les réseaux sociaux cette nuit : « Non pas faire comme si de rien n’était, mais comme si rien ne pouvait nous empêcher d’être ».