La question du jour : Should I stay or should I go?

 

Au cas, peu probable quand même, où on ne se souviendrait plus dans les chaumières du groupe anglais punk The Clash, formé en 1976 par Joe Strummer, Mick Jones, Paul Simonon et Nicky Headon, rappelons que le titre de cet article est emprunté à leur grand succès de 1982, Should I stay or should I go ? D’une part parce que le rythme est superbement endiablé, d’autre part parce que les paroles, fondées sur le devenir d’une relation sentimentale entre deux individus, ont pris une résonance prémonitoire dans la mesure où 1982 fut l’année du début du déclin du groupe et finalement de leur séparation. Vingt-quatre ans plus tard ces mêmes paroles prennent un tour que l’on pourrait aisément qualifier de politiquement cocasse, puisque le thème principal, la rupture, est à l’ordre du jour chez nos amis et voisins les Grands-Bretons. Par Jean-Louis Legalery.


En effet, aujourd’hui les électeurs britanniques ont une lourde tâche et doivent se poser cette même question, Should I stay or should I go ? (dois-je m’en aller ou dois-je rester?) et décider si le Royaume-Uni reste ou non membre de l’Union Européenne. Le texte, anodin en 1982 tout au moins dans le contexte politique, est aujourd’hui teinté d’ironie profonde et l’UE peut se demander : Darling you’ve got to let me know (chérie, il faut que tu me dises), If you say that you are mine, I’ll be there till the end of time (Si tu me dis que tu es à moi, je serai là jusqu’à la fin des temps). Bon, n’exagérons rien quand même avec la fin des temps…Mais savourons joyeusement It’s always tease, tease, tease, you’re happy when I’m on my knees (Tu passes ton temps à me taquiner, tu es heureuse quand je suis anéanti) et, surtout, l’apothéose finale, If I go there will be trouble and if I stay it will be double, this indecision is bugging me (Si je m’en vais il y aura des problèmes et si je reste ce sera bien pire, cette indécision m’anéantit).

Brexit text with British and Eu flags illustration

Au centre de ce référendum venu de nulle part, on retiendra la promesse du premier ministre conservateur, David Cameron, en 2010, réitérée en 2013, d’organiser une consultation sur l’appartenance à l’Union Européenne. Il s’agissait à l’époque d’une manœuvre de politique intérieure pour enrayer l’inexorable montée dans les sondages du parti d’extrême droite UKIP, United Kingdom Independent Party. Mais la misérable manœuvre en question s’est retournée contre son auteur, qui est devenu, aux yeux de l’opinion, un véritable apprenti-sorcier dont l’avenir politique ne semble pas aller au-delà du 23 juin, dans tous les cas de figure. Le paradoxe de cette consultation met en lumière un malentendu qui ne manque pas de sel. En effet le Royaume-Uni, depuis son adhésion contestée en 1973, a toujours été le symbole de la désunion politique, antithèse absolue d’une Europe libre aux service des Européens et cheval de bataille du libéralisme sauvage, raison pour laquelle les États-Unis poussent le RU à rester dans l’UE.