Jo Cox (1974-2016), un espoir abattu

La députée assassinée Jo Cox, photo The Houses of Parlaiment
La députée assassinée Jo Cox, photo The Houses of Parliament

Helen Joanne (‘Jo’) Leadbeater, épouse de Brendan Cox, députée travailliste de la circonscription de Batley and Spen, dans le West Yorkshire, où elle était née le 22 juin 1974, est morte, hier jeudi 16 juin 2016, d’une très violente agression, devant la bibliothèque de Birstall où elle venait de tenir une réunion avec ses électeurs (a constituency surgery) pour les convaincre de la nécessité pour le R.U. de rester dans l’UE, sous les balles et les coups de couteau d’un individu qui a hurlé Britain First, slogan qui en rappelle fâcheusement d’autres et qui est aussi le nom d’un minuscule parti d’extrême droite au Royaume-Uni. Par Jean-Louis Legalery.

Fille de salariés moyens, père employé dans une usine de cosmétiques, mère secrétaire scolaire, Jo Cox était un pur produit Grammar School (Heckmondwike Grammar School), c’est-à-dire issue de l’enseignement public, contrairement à de très nombreux hommes du parti conservateur et du parti travailliste « élevés au grain » dans les écoles privées du royaume où une année de scolarité représente plusieurs années de revenus des plus défavorisés. Elle a ensuite intégré l’université de Cambridge où, après une licence et une maîtrise en sciences politiques, elle a soutenu une thèse dans ce même domaine, en 1995. Elle a ensuite poursuivi sa formation universitaire post-doctorale à la London School of Economics. Jo Cox s’est ensuite immédiatement engagée dans le travail humanitaire, auprès notamment de l’organisation Oxfam International, tout en devenant l’assistante parlementaire de Glenys Kinnock, députée européenne, épouse de l’ex-leader travailliste Neil Kinnock et, accessoirement depuis 2005, baronne Kinnock de Holyhead. Elle est également devenue la conseillère de Sarah Brown, épouse de l’ancien premier ministre Gordon Brown, au sein du mouvement The Labour Women’s Network, dont le but est de lutter contre la mortalité infantile, et dans The Freedom Fund, ONG anti-esclavagiste.

Une femme déterminée, altruiste, donc, toute de tolérance et de compassion, qui avait ajouté à ses nombreux combats un dévouement incessant, avec le député conservateur Andrew Mitchell, en faveur des réfugiés syriens. Lors des législatives de 2015, elle avait été désignée à l’unanimité pour être la candidate du parti travailliste dans la circonscription de Batley and Spen, siège qui était détenu par Mike Wood (qui avait décidé de prendre sa retraite) et qui, bien que fief travailliste depuis 1997, était considéré comme menacé. Jo Cox s’est permis le luxe de maintenir ce siège à gauche en pulvérisant son adversaire, la candidate conservatrice Imitiaz Ameen, de plus de 6.500 voix. Dans le Labour elle avait pris position pour Corbyn , mais simplement pour lui permettre de participer au débat, car elle n’était pas enthousiasmée par le personnage, et ne l’était plus du tout depuis son arrivée à la tête du parti. Il faut écouter attentivement son maiden speech (discours inaugural) à la chambre des communes pour comprendre qu’elle était considérée, à juste titre, comme l’étoile montante du parti travailliste.

Son ultime combat était celui de la raison contre les fanatiques de la rupture et de l’isolationnisme, à savoir le maintien du RU dans l’UE. Comme on le sait un authentique décérébré a mis un terme brutal et violent à tous les espoirs qu’incarnait Jo Cox. Pour sa beauté morale, intellectuelle et physique, on ne peut s’empêcher de penser au célèbre vers de John Keats, A thing of beauty is a joy for ever, mais pour son conjoint Brendan et ses enfants, âgés respectivement de trois et cinq ans, cette évocation, bien évidemment, ne suffira pas face à la barbarie.