Philippe Bazin Calais

L’événement a eu lieu, et il a suffi qu’il ait eu lieu. La pensée qui s’est ouvert un chemin à ce moment-là, à distance des mots et dans la chaleur de la vie, on cherche à la réduire, à la rentrer dans ce qui nous sert de culture journalistique, politique ou savante, à l’y ramener en usant d’artifices, des procédés mécaniques du jargon d’expert et même de la rhétorique et du style.

Dante
Danièle Robert propose aux éditions Actes Sud une traduction renouvelée de l’Enfer de Dante, traduction qui pour la première fois en français fait l’effort d’être le plus fidèle à une contrainte fondamentale, autant rhétorique que rythmique et signifiante, de cette œuvre : la terzina. L’entretien ci-après avec Danièle Robert examine certaines dimensions de cette contrainte, les possibilités qu’elle ouvre, ainsi que certains enjeux du travail de la traduction.

Spécialisées dans la littérature de recherche, les éditions Mix travaillent depuis douze ans à la découverte et la publication d’auteurs dont les œuvres font exister des ruptures autant dans l’écriture que dans la théorie. Les livres des éditions Mix croisent ainsi plusieurs domaines mais toujours avec l’exigence de l’expérimentation et du nouveau. Rencontre avec Fabien Vallos et Antoine Dufeu pour un entretien où il sera question, entre autres, de littérature, de philosophie, d’esthétique mais aussi d’économie de l’édition, de néolibéralisme, d’avant-garde, de politique ou de technologie.

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Ça me plaît que vous n’ayez pas le mal de moi

Ça me plaît, Marina, de t’entendre parler de nous. Ce vers tiré de Insomnie acte sa fragilité paranoïaque et dans le même moment une maturité toute particulière, je veux dire : n’a-t-on jamais, lorsque on le désire, à faire face au retour radoteur des vers et de leur ami Lyrisme ? Des cons de l’enfer musical et des faussaires du sens ?

Philippe Bazin

Je dois trouver une voix d’elle… [I must say a way back to her…] je dois parler avec sa propre voix… je dois trouver une voix d’elle qui soit la mienne… ma voix et la sienne c’est la même… je dois les trouver…

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On peut toujours rêver tant la réalité cautionne les pires débordements. Rêver en ayant pris trop de médicaments, rêver à halluciner un scénario politique à la Philip K Dick. On y trouverait d’abord une boutique de Collectors le long de la Seine et, dans cette boutique, un livre aberrant. L’intrigue se déroulerait, comme aujourd’hui, en Juin. Mais tout juste après la présidentielle de 1981. On y apprendrait que Mitterrand aurait finalement perdu les élections contre Giscard. Celui-ci, dans la vision d’une France agitée par des revendications sociales, choisirait un premier ministre de gauche, nommé disons Dance, pur technicien conduisant la politique à sa perte.

 

Des jours et des nuits sur l’aire, Isabelle Ingold
Des jours et des nuits sur l’aire, Isabelle Ingold

Des jours et des nuits sur l’aire, d’Isabelle Ingold, est un film particulièrement beau et intelligent. Esthétiquement beau et intelligent. Politiquement beau et intelligent.

Le lieu unique du film est une aire de repos d’autoroute en Picardie. Unité de lieu donc, mais pas unité de temps, semble-t-il, puisque ce qui est filmé est une succession de jours et de nuits. A moins que l’unité de temps, ici, ne soit donnée, justement, par cette succession : le temps insiste, omniprésent dans sa répétition, immuable dans son écoulement. C’est le temps comme événement, implacable, le temps comme destin.

No Home Movie Copyright Zeugma Films
No Home Movie Copyright Zeugma Films

Le premier plan est un arbre sec qui crépite, lutte contre le vent, vieux corps voûté, se laisse traverser, souffler, patient. Un corps qui attend la mort et son témoin qui filme, qui n’attend pas mais cherche dedans la patience. Patience du plan qui se tient à bonne distance du corps presque mort – et puis après le contraire : perte de la distance, image qui veut toucher, qui touche, qui mange, regard de bête, d’enfant qui veut manger le paysage, lui rentrer dedans comme on retournerait dans le corps d’une mère – pour y finir peut-être.

Bill Cunningham photo NYT

Journaliste et photographe de mode, Bill Cunningham vient de mourir à l’âge de 87 ans. Depuis 1978, il tenait une rubrique photographique hebdomadaire dans le New York Times, fixant dans son objectif toutes les excentricités vestimentaires rencontrées au cours de ses déambulations cyclistes. Jean-Louis Legalery, en hommage.