Greta Gerwig, fausse nunuche, vraie future star

Greta Gerwig as Frances Ha
Greta Gerwig as Frances Ha

Dans la jeune génération des actrices américaines, tout le monde connaît Jennifer Lawrence et Kirsten Stewart, dont on peut dire qu’elles allient le talent, le choix de bons scenarii (surtout la seconde) et une beauté envoûtante. Depuis trois ou quatre ans, une petite dernière a rejoint ce duo. Il s’agit de Greta Gerwig (prononcez ‘G’, comme dans Richard Gere, et non pas ‘dj’, quant au ‘w’ il faut l’omettre comme dans Greenwich, source le NYT), un peu plus âgée que Stewart et Lawrence puisqu’elle a 32 ans. En fait, elle est apparue en 2006 dans le paysage cinématographique américain, avec LOL qu’elle avait co-écrit, mais c’est avec le désopilant Frances Ha que Greta Gerwig s’est fait connaître au-delà des frontières américaines, en 2013. Par Jean-Louis Legalery.

Greta Gerwig
Greta Gerwig

Greta Gerwig a co-écrit et co-réalisé Frances Ha avec son compagnon, le réalisateur Noah Baumbach, film qui leur a valu des récompenses aux festivals du film de Londres, Toronto et Vancouver. Comédie dramatique dans laquelle Greta Gerwig tient le premier rôle, celui de Frances Halladay, une jeune new-yorkaise de 27 ans, qui est empêtrée dans ses rêves mais n’avance guère. Elle vit à Brooklyn avec sa co-loc et meilleure amie, Sophie (Mickey Sumner), mais veut déménager pour Tribeca, quartier plus cher, alors qu’elle n’a pas les moyens, et trouvera finalement un petit appartement avec une boîte à lettres tellement riquiqui que son patronyme sera apocopé par le force des choses de Halladay en Ha. Elle rêve d’être professeur de danse mais ne peut être que secrétaire dans son école de danse. Elle rêve du prince charmant pour boyfriend, mais est tellement exigeante et contradictoire que les prétendants potentiels s’éloignent. Elle rêve que sa meilleure amie soit toujours à ses côtés, mais Sophie finit non seulement par se fâcher avec elle, par trouver un boyfriend mais aussi à épouser le dit boyfriend.

Le résultat pourrait être pathétique et triste à mourir, mais le jeu de Greta Gerwig, avec sa gaucherie physique, ses maladresses verbales, son phrasé très woodyallenien (elle interprète le rôle de Sally dans To Rome With Love, 2012, du même Woody Allen) font de ce film une pépite d’un humour dévastateur, d’autant qu’il y a quand même dans nombre de domaines une happy end. Elle semble être à l’écran la fille naturelle de Woody Allen, pourtant Greta n’est pas née à New York.

Elle vient de Sacramento, en Californie, d’un milieu apparemment étranger au cinéma, mère infirmière, père consultant financier. Racines allemandes, anglaises et irlandaises, Greta est UU, ah ah, qu’est-ce à dire? Selon l’expression à la mode à Cannes en ce moment. UU ce sont les initiales de Unitarian Universalist, qui n’est ni une secte ni une véritable religion (bien que les adeptes soient tous catholiques), mais une sorte de groupe de pensée et de savoir être, dont la devise est free and responsible search for truth and meaning, un vaste programme qui pourrait faire frétiller quelqu’un du côté du Cap Nègre, lorsqu’on lui aura donné la traduction : la recherche libre et responsable de la vérité et de la signification…

Mais plus sérieusement ou pas, Greta Gerwig est aussi membre du groupe Mumblecore (littéralement mumble, marmonner, et core l’essentiel), une association de créateurs de films indépendants qui veulent privilégier les productions à petit budget, les dialogues par rapport à l’intrigue, et laisser une grande place à l’improvisation. On comprend mieux ! Car c’est ainsi que Greta Gerwig joue. Les grincheux diront que ses interprétations sont bavardes, elles ont surtout spontanées, drôles, bref géniales. Il en est de même dans un autre film à succès, Maggie’s Plan, sorti à l’automne 2015.

Dans cette comédie romantique, écrite et réalisée par Rebecca Miller, la fille du grand Arthur, Greta Gerwig se paie le luxe de voler la vedette à Julianne Moore et Ethan Hawke, pourtant excellents l’un et l’autre. Maggie est encore et toujours une jeune femme new-yorkaise, enseignante en l’occurrence, éprise d’indépendance et toujours et encore débordée par ses hésitations multiples. Elle veut un enfant mais n’est pas sûre de vouloir un homme. Pourtant elle va en avoir un, John (Ethan Hawke), qui va justement lui faire un enfant, le jour où elle avait décidé de s’auto-inséminer avec le sperme d’un généreux donneur de sperme de ses amis. La scène en question, pendant laquelle elle va répondre à l’interphone à quatre pattes en faisant la brouette pour préserver l’auto-insémination est à hurler de rire. Maggie va ensuite s’arranger gentiment avec sa conscience, en restituant John à sa première épouse (Julianne Moore) dominatrice et castratrice de sa carrière littéraire et en préservant son indépendance.

Greta Gerwig joue à merveille la bécasse et la nunuche que Maggie semble être, mais n’est pas du tout, avec ses interrogations naïves, ses choix vestimentaires à mi-chemin entre Emmaüs et les vieux rideaux de la grande tante, tout en étant profonde, réfléchie, altruiste, élégante et belle. Émouvante aussi et on ne peut qu’admirer les choix de Rebecca Miller, car les scènes de complicité entre Maggie et sa fille sont d’une beauté rarement vue au cinéma. Certainement une future grande actrice, à suivre donc.

Greta Gerwig as Frances Ha
Greta Gerwig as Frances Ha