A Nyon, sur les traces du professeur Tournesol

L'Affaire Tournesol
© Hergé/Moulinsart

L’Affaire Tournesol d’Hergé a été publié en 1956, qui réalisa un album à la dimension politique avérée, ce que les tintinophiles savent de longue date et que les sympathisants de l’oeuvre peuvent deviner aisément en lisant cette histoire d’espionnage industriel sur fond d’opposition entre deux blocs rivaux. En pleine guerre froide, Georges Rémy, RG, Hergé donc, avait un mélange de fascination et de tendresse pour la Confédération Helvétique et précisément pour les bords du lac Léman. Toute son oeuvre porte l’empreinte d’un intérêt certain pour la géographie et la toponymie, ce qui se retrouve plus particulièrement dans L’Affaire Tournesol. Pour cette aventure, il a emprunté des lieux et des noms qui lui ont servi de trame, d’éléments narratifs, bâtiments, paysages ou décors. De Genève à Nyon, voyage dans la Suisse de papier d’Hergé. Par Jean-Louis Legalery.

L'Affaire Tournesol
© Hergé/Moulinsart

Dans L’Affaire Tournesol, la gare Cornavin de Genève est devenue l’Hôtel Cornavin, le paisible petit village de Saint-Triphon, à la limite du canton de Vaud et du Valais, a inspiré l’auteur pour faire du bourg le prénom aussi cocasse qu’inattendu pour le professeur Tournesol (« Tryphon », avec un « y » qui rappelle le martyr orthodoxe du IIIème siècle…). L’illustre ami d’Haddocket et Tintin est d’ailleurs et au passage la copie conforme du professeur Auguste Piccard (1884-1962), physicien, astronaute et océanaute né à Bâle, frère jumeau de l’océanaute Jean Piccard (1884-1963) et grand-père de l’actuel aéronaute Bertrand Piccard. Piccard Tournesol

Une grande partie de l’action de L’Affaire Tournesol se situe en Suisse, agréable et joyeuse immersion dans les environs de Nyon, depuis la route qui conduit à Saint-Cergue jusqu’à celle qui longe le lac Léman dans la ville elle-même, sans oublier la fontaine du maître Jacques, dans la rue Rive, parallèle au Quai des Alpes en bord de lac.

L'Affaire Tournesol

La ville de Nyon, une des nombreuses fiertés du canton de Vaud, a depuis longtemps été sensible au choix d’Hergé et l’office du tourisme organise, depuis de nombreuses années, une visite guidée, intitulée « Avec Tintin sur les traces de Tournesol à Nyon ». Au cours de cette visite en forme d’hommage au grand maître belge de la BD, on longe le Quai des Alpes, où le capitaine Haddock, Tintin et Milou (qui tient dans sa gueule le parapluie de Tryphon) déambulent lorsqu’une grosse voiture rouge, que l’on devine pleine de menaces, les côtoie ; puis on passe devant la statue de maître Jacques, rue Rive (devant laquelle passent Tintin et Haddock en devisant sur la stratégie à adopter pour les prochaines heures) pour remonter vers la caserne des pompiers, où l’on garde, intacte, comme une relique la Jeep Willys de 1953 ; enfin on remonte en direction de la sortie vers Saint-Cergue, où l’on va découvrir la maison du professeur Topolino.
L'Affaire Tournesol

La comparaison entre planches de la BD et les lieux réels est époustouflante et en dit long (si cela était vraiment nécessaire) sur l’immense talent d’Hergé pour restituer de manière réaliste − une des composantes de la ligne claire −. L’impression étrangement ressentie est que tous ces lieux, découverts avec passion, sont familiers depuis toujours. Les cinéphiles pourront aussi faire deux ou trois kilomètres en direction de Genève jusqu’au cimetière de Céligny (bientôt inaccessible tant il est littéralement mangé par la végétation) où repose Richard Burton, qui avait fait réserver une place (restée désespérément vide) pour Liz Taylor. Les mêmes cinéphiles pourront repartir dans l’autre direction vers Rolle, un des autres lieux de L’Affaire Tournesol, où réside Jean-Luc Godard (Le Mépris…« et mes fesses tu les aimes mes fesses ? »). Mais ceci est une autre affaire, « Milou nous sommes refaits »…

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© Hergé/Moulinsart