Les pundits de grands chemins

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La campagne de candidature à l’investiture dans les deux partis politiques majeurs aux États-Unis en vue de l’élection présidentielle de novembre 2016 a fait émerger, une fois encore, des pundits.

Les pundits ce sont des experts auto-proclamés du monde occidental qui s’autorisent à intervenir doctement sur tous les sujets possibles et imaginables, sans qu’il soit réellement possible d’évaluer leur compétence sur les sujets abordés, depuis le conflit russo-ukrainien jusqu’à l’organisation de la prochaine coupe du monde de football au Qatar en 2022 en passant par le terrorisme et le passage au scrutin proportionnel pour les prochaines législatives en France, sans oublier, bien évidemment, l’évolution de la barquette aux fraises depuis le Moyen-Âge. Par Jean-Louis Legalery.Ils savent tout sur tout, squattent les plateaux de télévision et prolongent un peu plus le sketch de Coluche sur les experts « qui s’autorisent à penser ».


Pundit
, littéralement, c’est un vocable qui vient du sanscrit, pandita (qui possède le savoir). Il est passé dans la langue anglaise au XIXè siècle, par le biais de la colonisation, selon les deux dictionnaires étymologiques majeurs, Sketch et Hoad. Les dictionnaires contemporains de langue anglaise, OED, Oxford English Dictionary, et Collins, ne sont pas dupes de l’absence totale de collégialité dans cette assertion, et, s’ils entérinent a learned person en deuxième définition, ils mettent en premier choix a self-appointed expert, un expert auto-proclamé, c’est dire si le mot, préalablement à ceux qu’ils désignent, inspire méfiance et distance.

Donc depuis le début des primaires américaines, démocrates et républicaines, de nombreux pundits ont fait surface pour affirmer haut et fort, sur les écrans de télévision et dans la presse écrite, que la candidature du milliardaire Donald Trump relevait de la plaisanterie et que, dès les premières primaires en janvier, la vilaine baudruche se dégonflerait au pire ou éclaterait au mieux. Comme on le sait, malgré ses saillies verbales racistes et misogynes, malgré ses promesses de « punition » aux femmes qui ont avorté, malgré toutes ses déclarations qui inspirent la nausée et l’effroi, la baudruche a pris beaucoup de volume au fil du temps, et cinq mois après le début des primaires, et deux mois avant l’investiture dans chaque camp, semble être le prochain candidat très encombrant du parti républicain.

En conséquence, les pundits se sont tous trompés sur toute la ligne, prenant non seulement leurs désirs pour des réalités, mais aussi confondant narcissisme avéré avec compétence reconnue. Tous ou presque : sauf un, Paul Krugman, éditorialiste au New York Times et prix 2008 de la Banque de Suède en sciences économiques, désormais abrégé en prix Nobel d’économie. Lequel, dans un remarquable éditorial du 7 août 2015, a évidemment évoqué la regrettable émergence de ce Le Pen américain, mais pour mieux souligner l’extrême faiblesse du parti républicain et la triste indigence des autres candidats potentiels en matière de programme et d’idéologie.

En d’autres termes Paul Krugman expliquait que Trump était tout sauf une surprise, puisque les autres candidats (Jeb Bush, qui a montré une puissance intellectuelle égale à celle de son frère, Ted Cruz et Marco Rubio, tous deux aux mains du Tea Party) n’avaient rien à proposer pour endiguer cette candidature sauvage. A ce jour, Paul Krugman est rare sur les écrans américains et les pundits y sévissent toujours.