Paru ce printemps aux éditions Grasset, La Littérature sans idéal, nouvel et stimulant essai du romancier Philippe Vilain, s’impose déjà comme un ardent foyer de polémiques tant, par ses vives réflexions, il vient à questionner le cœur nu de la littérature contemporaine. Relecture intransigeante du paysage actuel égaré entre mercantilisme et impossible aveu de sa puissance à faire style, l’analyse de Vilain, portée par une prose à l’exigence moraliste qui a fait la vertu neuve de ses récits, ne manque pas de susciter des débats féconds sur lesquels Diacritik a voulu revenir avec lui le temps d’un grand entretien.

© Jean-Philippe Cazier
© Jean-Philippe Cazier
Tu connais cette histoire. Tu la connais depuis l’enfance. On te l’a racontée lorsque tu étais enfant. On te la racontait en chuchotant au creux de ton oreille. Une bouche s’approchait de ta peau, contre l’oreille, et les lèvres murmuraient l’histoire. Tu te souviens ? Non ? La bouche s’approchait et tu entendais l’histoire. Tu croyais l’entendre. Tu ne voyais pas la bouche qui s’approchait. Il faisait noir, tes yeux étaient fermés. Chaque nuit la bouche s’approchait et murmurait les mots. Tu t’en souviens ? La bouche murmurait ses mots au creux de ton oreille. C’était toujours la nuit. Tu fermais les yeux et la bouche était là. Parfois elle ne venait pas aussi près de toi. Parfois elle restait de l’autre côté de la chambre, dans le coin le plus sombre, le plus noir. Parfois tu sentais son souffle contre tes lèvres. Tu la voyais à travers tes paupières closes. Tu croyais la voir, tu aurais pu la voir. La bouche parlait mais toi tu ne disais rien. Tu écoutais ses mots. Elle était là, proche. Est-ce que tu avais peur ? 

pundit_poster-rbcb68c3f05b24ca4af6df21462463fb6_w2q_8byvr_324
La campagne de candidature à l’investiture dans les deux partis politiques majeurs aux États-Unis en vue de l’élection présidentielle de novembre 2016 a fait émerger, une fois encore, des pundits.

Les pundits ce sont des experts auto-proclamés du monde occidental qui s’autorisent à intervenir doctement sur tous les sujets possibles et imaginables, sans qu’il soit réellement possible d’évaluer leur compétence sur les sujets abordés, depuis le conflit russo-ukrainien jusqu’à l’organisation de la prochaine coupe du monde de football au Qatar en 2022 en passant par le terrorisme et le passage au scrutin proportionnel pour les prochaines législatives en France, sans oublier, bien évidemment, l’évolution de la barquette aux fraises depuis le Moyen-Âge. 

Instagram Augustin Trapenard

Le comité de visionnage de Diacritik a regardé 21cm, la nouvelle émission littéraire de Canal Plus dont la première a eu lieu hier soir à 22h50. Verdict façon jury d’épreuve de patinage artistique, avec ses notes techniques (on plaisante) et la subjectivité assumée d’enfin voir une nouvelle émission consacrée aux livres à la télévision. Fût-elle sur une chaîne cryptée.

Capture d’écran 2016-04-30 à 15.50.53Après avoir (ré)inventé Paris, Eric Kazan le (ré)arpente dans son nouveau livre, Une traversée de Paris. Il nous offre une puissante flânerie sous l’égide de Walter Benjamin dont Le Livre des passages était justement cité en exergue de L’Invention de Paris, pour rappeler que la ville n’est « homogène qu’en apparence », qu’elle est une « expérience » paradoxale de la limite et des variations puisque « la limite traverse les rues ; c’est un seuil ; on entre dans un nouveau fief en faisant un pas dans le vide, comme si on avait franchi une marche qu’on ne voyait pas ».
Paris, la « ville au cent mille romans », comme l’écrivait l’un de ses plus grands romanciers, Balzac, dans Ferragus, la ville qui ne connaît pas les pas perdus, comme le démontre une nouvelle fois Eric Hazan, dans cette superbe Traversée de Paris, qui paraît au Seuil, dans la collection « Fiction & Cie » qui lui vaut programme puisque chaque pas ouvre à un imaginaire des lieux comme à un récit de soi.