Bruce McLean, artiste décalé et déjanté

Bruce McLean
Bruce McLean, 1971, photo Tanya Leighton Gallery, Berlin

Bruce McLean est un artiste écossais qui est à l’art en général ce que le couteau suisse est au bricolage rapide. On trouve tout dans le travail et l’œuvre de McLean, et il a, jusqu’à présent, abordé tous les domaines, peinture, sculpture, céramique et collages. Il s’est aussi aventuré, brièvement, jusqu’à l’écriture. Il est considéré comme une figure majeure de l’art britannique contemporain. Depuis le 15 avril jusqu’au 15 mai il expose à la galerie londonienne For Arts Sake (littéralement, pour l’amour des arts), dans Bond Street, à l’ouest de la capitale entre les quartiers de Southall et Ealing, tout près de l’université de West London. Et il a intitulé son exposition An Exhibition of Myself, ce qui résume assez bien son approche de l’art. Par Jean-Louis Legalery.

Sa formation a commencé aux Beaux-Arts de Glasgow, en 1961, alors qu’il avait dix-sept ans, et a continué à Londres, deux ans plus tard, à la célèbre Saint Martin’s School of Art, notamment sous la direction de deux sculpteurs de renom, Anthony Caro et Philip King. Mais rétif et rebelle à l’enseignement académique classique dispensé, il était allé chercher rapidement son inspiration dans les poubelles et les décharges, en tout cas hors des sentiers battus, ce qui lui a néanmoins permis de se construire une aura nationale, puis internationale, après une exposition à Berlin.

Bruce McLean Mirror Work, 1971
Bruce McLean Mirror Work, 1971
Henry Moore, King and Queen 1952
Henry Moore, King and Queen 1952

Ainsi, en 1971, il a été invité par l’espace artistique de Brook Street, Situation, entre Mayfair et Soho. L’idée initiale était (surtout dans son esprit plus que dans celui des responsables de Situation) de changer de thème d’expo tous les jours ou tous les deux jours et d’utiliser le monde extérieur, ce qui ne manqua pas de lui attirer de nombreuses critiques de plagiat de l’œuvre du sculpteur Henry Moore (1898-1986), mais a laissé Bruce McLean indifférent car il a, depuis longtemps, reconnu l’influence de Moore sur son travail (voir l’entretien vidéo). En effet, à l’époque, McLean était impliqué dans la sculpture, mais à partir d’objets jetés, dont on considérait qu’ils avaient leur place dans la rue mais pas nécessairement dans une galerie d’art.

Bruce McLean, Fallen Warrior
Bruce McLean, Fallen Warrior

Son domaine semblait être davantage la performance que l’art. En plus d’objets insolites, tels qu’un sèche-cheveux usagé ou un bracelet-montre, il emprunta quelques plots à la Tate Gallery et oublia d’en restituer quelques-uns, ce qui lui inspira la mise en scène (photo en chapô de l’article) qui le conduisit naturellement à la photographie.

Bruce McLean commença à avoir un public d’affidés et d’adeptes avec cet art conceptuel. Néanmoins cette limite permanente entre la création artistique et la haute plaisanterie amène l’artiste et son public aux confins dangereux de ce que l’on serait parfois tenté, si l’on feint d’ignorer l’ironie, de nommer un grand « foutage de gueule ». Bruce McLean se définit volontiers comme un danseur. Or en examinant attentivement la vidéo suivante, intitulée I Want My Crown, si l’on peut déceler une certain filiation avec la troupe Monty Python, il semble plus délicat d’en faire un ambianceur à inviter à votre prochaine soirée entre amis ou un concurrent de Benjamin Millepied.

 

Son expo à Berlin est, à ses yeux, son meilleur souvenir, le pire datant de 1975, année où il a voulu lancer l’idée d’un Concept Comic, à Londres. Il avait imaginé une sorte de one-man show avec un musicien de jazz, mais il est arrivé sur scène ivre mort. Les spectateurs présents lui ont rendu son sens de l’humour, car, comme ils ont trouvé le pianiste excellent, ils ont demandé le remboursement de la moitié du billet d’entrée seulement. En 2009, une vidéo a été réalisée sous le nom de TateShots, qui consistait en la visite de son atelier, la présentation de quelques œuvres de McLean et un entretien très intéressant. Bruce McLean y dit notamment : Artists can change the world, everyone knows that, (les artistes peuvent changer le monde, tout le monde le sait). Ou bien encore But I think there’s a big fear of artists, that’s why conceptual art disappeared very quickly (Il y a une grande peur vis à vis des artistes, c’est la raison pour laquelle l’art conceptuel a disparu très rapidement). As an artist, you can do whatever you want whenever you want (En tant qu’artiste on peut faire ce que l’on veut quand on veut).

 

 

Bruce McLean, An Exhibition of Myself, jusqu’au 15 mai, Galerie For Arts Sake, 45 Bond Street, London W5 5AS. Infos ici.

Bruce McLean