Happy Valley ?… pas vraiment

Le sergent Catherine Cawood (Sarah Lancashire), photo Ben Blackall / BBC
Le sergent Catherine Cawood (Sarah Lancashire), photo Ben Blackall / BBC

Happy Valley est une série télévisée produite par la BBC (diffusée par Canal Plus à l’automne 2015) qui a pour cadre la vallée de la rivière Calder, sur le flanc est des Pennines au nord de l’Angleterre, dans le West Yorkshire. Le personnage principal est le sergent de police Catherine Cawood, interprétée (magistralement) par Sarah Lancashire, une femme forte et courageuse qui fait régner l’ordre mais qui a bien du mal avec sa propre vie. Séparée de son mari, elle élève son petit-fils né du viol de sa fille, qui s’est donnée la mort après la naissance du bébé, et vit avec sa sœur, qui tente d’enrayer son addiction à l’alcool et à l’héroïne. Comme on le voit, rien de franchement happy ni d’irrésistiblement désopilant, bref on est très loin de la « Petite maison dans la niaiserie ». Par Jean-Louis Legalery.

Dans la saison 1, le sergent Cawood est animée d’une obsession bien compréhensible, arrêter le violeur présumé de sa défunte fille, Tommy Lee Royce qu’incarne l’acteur James Norton. Elle va arriver à coffrer le délinquant en question, mais au prix de sa santé, puisque, dans un face-à-face dramatique, Tommy Lee Royce, qui est donc le père du petit-fils du sergent Cawood, va laisser cette dernière dans un triste état, après avoir tué une des collègues de Cawood. C’est du noir donc, très noir et il convient, bien sûr, de ne pas tomber dans le panneau, assez pesant en vérité, de la BBC, qui, avec Happy Valley, agite un contraste saisissant entre la nature bucolique des Pennines propices à la rêverie rousseauiste et la réalité d’une vallée sévèrement touchée par la délinquance, la drogue et la criminalité.

La saison 1 a commencé en avril 2014 et a fait un véritable tabac et des audiences qui ont donné des ailes à la BBC. La saison 2 a entamé sa carrière en février 2016 et tout s’annonce pour le mieux. Au succès d’audience s’ajoute le succès commercial. Donc tout devrait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes (de la création seulement…). Cependant quelqu’un n’est pas très happy dans cette vallée du scénario, il s’agit de Sally Wainwright, créatrice de la série.

Née à Huddersfield, à quelques quinze kilomètres de la Calder Valley, elle déplore que la plupart des interprètes des séries télévisées, et de la sienne en particulier, aient des posh southern voices, entendez des accents chics du sud. Le personnage principal pourrait échapper à cette critique, puisque Sarah Lancashire est native du Lancashire justement, Oldham plus précisément, mais a fait toute sa carrière cinématographique et télévisuelle, loin de la Calder Valley. Considérons qu’elle est presque admissible aux yeux et surtout aux oreilles de Sally Wainwright.

James Norton dans la série Grantchester, photo BBC
James Norton dans la série Grantchester, photo BBC

Pour James Norton, qui est londonien et qui s’est fait connaître du grand public par une autre série, Grantchester, où il joue le rôle d’un clergyman doté d’un superbe accent digne d’une éducation à Oxford et affublé d’une gentille petite raie sur le côté, l’imaginer en petit voyou de la vallée Calder demande un certain effort d’adaptation de la part du téléspectateur averti. Sally Wainwright sait sans doute parfaitement que les acteurs et les actrices ne sont pas étrangers au travail de composition, mais, à sa manière, elle rend hommage à la mémoire d’Arnold Wesker en regrettant qu’il n’y ait pas davantage d’accents working-class sur les ondes et les écrans, une angry young woman donc.