Judi Dench, indifférente au temps qui passe

Judi Dench en 2007, photo Caroline Bonarde
Judi Dench en 2007, photo Caroline Bonarde

Judi Dench est une actrice britannique connue, populaire et respectée au Royaume-Uni. Son aura a franchi la Manche et s’est étendu aux écrans du monde entier, grâce à son interprétation (dans la série cinématographique des James Bond) du personnage de M, imaginé par Ian Fleming, comme patronne inflexible et pleine d’humour du MI6 (Military Intelligence section 6), service d’espionnage et de contre-espionnage du Royaume-Uni. Par Jean-Louis Legalery.

Née à Heworth, dans le Yorkshire, d’une mère irlandaise (Eleanora, pas Rigby mais Jones) et d’un père médecin, natif du merveilleux Dorset, chanté et célébré par Thomas Hardy, affublé du superbe prénom typiquement britannique, Reginald. Judith (abrégée en Judi) Olivia suivra son cheminement scolaire dans le Yorkshire, dans un établissement indépendant privé, The Mount School, qui appartenait aux Quakers. Et Judi deviendra elle-même Quaker, groupe religieux chrétien dont le nom évoque la soumission au dogme établi, puisque les adeptes ont choisi de trembler (to quake) devant la parole de Dieu. Cette éducation rigoriste a sans doute guidé ses choix de personnages dans sa carrière de comédienne.

C’est par le biais de ses parents, qui, eux, n’étaient pas Quakers, que le contact avec le monde du théâtre fut établi. D’abord avec celui de York, où Reginald official comme médecin, et Eleanora comme costumière. Et, un peu par hasard, en 1957, alors qu’elle se destinait plutôt à la fabrication de décors, le rôle de la vierge Marie lui fut proposé dans une pièce montée et interprétée en plein air dans les York Museum Gardens, tout près de la rivière Ouse (de sinistre mémoire puisque Virginia Woolf s’y suicida). Son talent fut immédiatement décelé et repéré et, en septembre 1957, elle fut admise dans la compagnie de théâtre réputée de l’Old Vic, tout près de Waterloo Station à Londres, et y retrouva une camarade de promotion qui allait devenir célèbre également, Vanessa Redgrave.

Judi Dench commença alors une carrière théâtrale brillante, fait de grands rôles dans de grands classiques (Hamlet, Henry V, Roméo et Juliette, et Macbeth entre autres) et de nombreuses récompenses (elle a reçu huit BAFTA, British Academy Film and Television Awards) pour ses interprétations sur les planches et pour la télévision. Sa carrière de M, dans les différents James Bond, a commencé en 1989 pour s’achever en 2013 dans Skyfall, année où les producteurs ont considéré qu’il était temps de la faire mourir pour laisser la place à Ralph Fiennes. Il est très dommage qu’elle ait été nommée sept fois aux Oscars sans en obtenir un seul, car sa carrière cinématographique ne se limite pas aux James Bond. En effet, en 2013, elle a été à la fois émouvant et époustouflante dans Philomena, un brillant film de Stephen Frears consacré à l’enquête d’un journaliste, interprété par Steve Cogan, qui découvre le scandaleux processus d’un couvent irlandais où Philomena, jeune mère célibataire fut envoyée et privée de son fils, donné ensuite à de riches américains.

La dernière récompense, le huitième BAFTA donc, date du 4 avril pour son interprétation de Paulina dans The Winter’s Tale, cette incroyable octogénaire (82 ans en décembre 2016) qui a commencé sa carrière aux côtés de Laurence Olivier demeure simple et modeste, comme le montre sa réaction après sa huitième récompense : I’m rather overcome because I made a bet with my grandson and I’ve got to pay now, we’ll go out to supper.
Je suis plutôt ravie parce que j’avais parié avec mon petit-fils et maintenant il faut que je paie. Nous allons tous aller dîner.

Judi Dench dans The Winter’s Tale, photo Johan Persson / Kenneth Branagh Theatre Company / Garrick
Judi Dench dans The Winter’s Tale, photo Johan Persson / Kenneth Branagh Theatre Company / Garrick