Michael Gambon, le 191ème Winston

Michael Gambon, dans le rôle de Winston Churchill, photo Daybreak/Pictures
Michael Gambon, dans le rôle de Winston Churchill, photo Daybreak/Pictures

Le 29 février dernier, la chaîne de télévision britannique privée, ITV, a diffusé un téléfilm intitulé Churchill’s Secret, dans lequel le premier ministre pendant la seconde guerre mondiale est incarné par le célèbre comédien Michael Gambon, qui a commencé sa carrière au théâtre, en 1965, aux côtés de Laurence Olivier, pour la continuer brillamment au cinéma, mais dont le public ne retient curieusement et injustement que son rôle dans l’adaptation cinématographique de Harry Potter, The Casual VacancyPar Jean-Louis Legalery.

Il est donc le dernier en date à avoir incarné Winston Churchill, symbole du courage britannique face aux bombardements des nazis et héros de toute une génération (Lennon, né en 1940, avait pour prénoms John Winston). Il y a donc eu 190 autres comédiens précédemment, certains parfaitement dans la rigueur conservatrice souhaitée (c’est le cas de Michael Gambon, bien que catholique et irlandais), d’autres totalement à côté de la plaque en raison de leur physique ou de leur voix. Le premier dans l’ordre chronologique, étonnamment, fut le célébrissime et très talentueux Richard Burton dans The Valiant Years, un documentaire produit par la BBC et réalisé par John Schlesinger, à une époque, 1961, où il était très mal vu ou même interdit de représenter sur scène ou les écrans un personnage de renom toujours vivant. C’est pourtant ce qui se produisit, puisque l’homme aux cigares ne disparut qu’en 1965. Mais l’interprétation ne déclencha pas l’enthousiasme, d’une part parce que Burton venait du théâtre shakespearien (ce que l’on a fâcheusement tendance à oublier en raison de ses frasques pour presse à sensations avec Elizabeth Taylor) et donna à son rôle une dimension que le véritable Winston n’avait pas ; d’autre part parce que Burton, contrairement à Churchill, était très beau et cette incarnation parut aussi saugrenue que si Delon avait joué le rôle de René Coty. Burton fut sollicité de nouveau pour le même rôle dans The Gathering Storm de Richard Jordan en 1974.

Burton, The Gathering Storm, photo Rex/Shutterstock
Burton, The Gathering Storm, photo Rex/Shutterstock

Parmi les autres Winstons, on peut citer le très grand Albert Finney, dans un remake de 2002 en deux épisodes, de The Gathering Storm. Il s’agit d’une co-production entre la BBC et la chaîne américaine à péage HBO. La critique s’est émerveillée à la sortie du film sur la façon dont Finney s’était approprié non seulement la démarche de Churchill, mais aussi sa manière de parler, rendant ainsi précisément le combat permanent entre le corps et l’esprit de feu le premier ministre. Les amoureux du Royaume Uni apprécieront la mise en valeur magnifique de la campagne britannique et les autres rôles, parmi lesquels Hugh Bonneville, étincelant dans Dowton Abbey. Albert Finney a donné une dimension extraordinaire à son interprétation, ce qui n’est guère surprenant, car on ne saurait oublier qu’il fut le comédien de théâtre préféré des dramaturges connus sous le nom des Angry Young Men (John Osborne, John Braine, John Wain, Kingsley Amis, Alan Sillitoe), et l’acteur fétiche des adaptations cinématographiques des romans du très regretté Alan Sillitoe, notamment le brillantissime repère de toute une génération, Saturday Night and Sunday Morning, porté au cinéma en 1960 par Tony Richardson.

Parmi les acteurs qu’il vaut mieux oublier en Winston Churchill, il y a tout d’abord Mel Smith, disparu en 2013, paix à ses cendres mais pas vraiment l’image idéale. Mel Smith, c’était une « tronche » en termes cinématographiques, plutôt ancré dans la comédie, et dont on se demande pourquoi il était venu s’égarer dans Allegiance de Brian Gilbert, en 2005. Son interprétation engendra la consternation, tout comme ses déclarations intempestives, All you need is a good cigar, littéralement tout ce dont on a besoin (pour jouer Churchill) est un bon cigare. De toute évidence, il l’avait le cigare, mais au sens familier et figuré. Sa façon de jouer rappelle fâcheusement celle du regrettable Timothy Spall, qui a plongé la personnalité de génie de la peinture, Turner (film de Mike Leigh) dans des borborygmes insupportables et répétitifs et des grognements porcins qui auraient dû lui valoir une invitation à Trente millions d’amis.

Mel Smith dans Allegiance, photo James Fraser / Rex Shutterstock
Mel Smith dans Allegiance, photo James Fraser / Rex Shutterstock

Au chapitre des interprétations ratées, il y a aussi le très regretté Bob Hoskins, mort en 2014, pour qui on ne peut s’empêcher d’avoir une pensée émue, par égard à sa remarquable carrière, mais sa voix haut perchée et son accent cockney du londonien typique ne pouvaient (pas davantage que le brillant Michael Caine pour les mêmes raisons) sérieusement lui permettre d’incarner celui qui, en 1940, promettait aux royaux sujets de sa gracieuse majesté blood, sweat and tears.