1Book1Day : (Savannah) Jean Rolin

Capture d’écran 2015-10-09 à 07.44.46Ce livre est un tombeau, l’hommage vibrant de vie et de sensualité à une femme aimée et perdue à jamais. Le récit d’un voyage à Savannah, 7 ans plus tôt, sur les traces de Flannery O’Connor, autre « vie, brève », avec Kate, sa manière unique d’aborder les gens, de filmer les lieux et les gens, caméra vers le sol.

Le récit semble être un fil tendu entre les fragments de films tournés par Kate, que Jean Rolin narre ; ces séquences que Kate filmait de manière « un peu compulsive » nourrissent la mémoire, elle-même fragmentaire, tissée de « il me semble », « je crois me souvenir ».

Le texte est une errance, dans ces lieux que Rolin aime tant, les paysages mobiles hors de tout effet carte postale, constituant une forme d’imprécis géographique. Et Kate est à l’image de ces lieux, elle aussi indécise et mouvante, et pour cette raison à jamais présente.

La pudeur de Jean Rolin est infinie et bouleversante, le portrait, diffracté par trois figures (Kate, Flannery O’Connor, Jean Rolin lui-même) ciselé à l’extrême, fait de creux et d’oublis qui nourrissent notre propre mémoire indirecte.

« Il faut aimer ce monde tout en luttant pour le supporter », a écrit Flannery O’Connor, phrase soulignée par Kate dans son livre, à laquelle Jean Rolin donne tout son sens dans ce sublime Savannah.

Jean Rolin, Savannah, P.O.L., mai 2015, 128 p., 12 € – Lire un extrait